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Cher parent que je ne connais pas, 

Ce soir, je vais peut-être encore râler parce que mon fils veut encore jouer au lieu de prendre son bain, maugréer parce qu'il n'a pas fini ses haricots verts ou  pousser un soupir parce qu'il veut absolument que je lui lise - encore - un dernier livre avant qu'il ne daigne se coucher ..., Mais une fois les lumières éteintes, je sais que j'irai dormir dans un lit chaud, au calme et que je vais pouvoir me reposer d'une longue journée en sachant mon fils et toute ma famille en sécurité, que demain sera un jour nouveau que je ne crains pas mais que j'attends avec impatience.  

Cher citoyen né sous des cieux moins favorables,
 
L'administration s'est encore trompée dans le traitement de mon dossier, alors je râle et râle encore. Je dois appeler le service des contentieux pour exprimer immédiatement mon mécontentement et demander réparation. Il y a des lois qui préservent les droits des administrés dans ce pays et tous les citoyens ont accès à un traitement équitable. 

Cher étranger que la plupart de mes compatriotes ne connaissent en ce moment qu'à travers des images de destruction,  

Cette fin d'année à été très difficile, ma famille a vécu la perte d'un être cher. Les médecins ont tout fait pour le soigner, j'ai la chance de vivre dans un pays où les soins et le bien-être à la personne sont des acquis fondamentaux et accessibles - même s'ils sont remis régulièrement dans la balance d'un jeu électoral malsain ; ainsi, ses proches ont pu l'accompagner, lui dire au revoir et commencer leur travail de deuil.  

Cher habitant d'Alep, cher frère syrien,  

Tu vis depuis plusieurs années un enfer interminable, dans la crainte des bombes, de la répression et de la torture. Tu as peut être des enfants et toi aussi tu voudrais bien leur faire prendre leur bain et leur lire des histoires le soir combien même en râlant, tu as la peur au ventre de les voir mourrir sous tes yeux, tu as peut-être même déjà perdu l'un d'eux sans même pouvoir le tenir une dernière fois dans tes bras, tu en es inconsolable, comment faire ton deuil lorsque des proches continuent à être massacrés impunément autour de toi ? A qui te plaindre lorsque même le pays démocratique dans lequel j'ai la chance de vivre ferme les yeux ou pire, fait semblant de protester très mollement devant toutes les atrocités que tu vis dans ta chair ?

Tu voudrais pouvoir donner ta vie pour les épargner mais lorsqu'ils arrivent à échapper à cet enfer, ils meurent noyés dans une mer impitoyable qui ne mesure pas la souffrance des hommes et quand ils arrivent à berner sa vigilance, qu'ils arrivent chez moi dans ce morceau du monde qui connaît un peu de paix, ils sont montrés du doigt et menacés d'être renvoyés chez eux. Tu voudrais crier qu'il n'y a plus de chez toi, tu voudrais leur rappeler les moments sombres de leur propre histoire et leur expliquer que si ton pays en est là, c'est parce que tu voulais toi aussi le meilleur pour lui et un monde juste pour tes enfants, mais ta voix reste sans écho. Et tu ne comprends pas, tu t'adresses pourtant au pays qui prétend consacrer les droits de l'homme. Bien sûr tu n'es pas idiot, tu comprends les jeux subtils de la politique internationale mais ta foi en l'humanité est plus forte, toi tu n'as pas le choix car c'est la survie qui te guide.

Mon gouvernement t'a bien entendu envoyé quelques ONG pour panser un peu tes blessures et te donner un peu de répit mais elles sont toutes entrain de décamper et rentrer chez elles, elles.

En ce moment, tes bourreaux marchent vers toi et dans ton esprit, il n'y a déjà plus de lendemain. Nous sommes plusieurs sinon la majorité à avoir peur pour toi, à espérer pour toi, à déplorer de ne pouvoir faire plus. Certains ont signé des pétitions, interpellé des élus et des instances, participé à accueillir ta communauté  réfugiée mais comme d'habitude, cette saleté d'habitude qui nous gangrène les cerveaux et les cœurs, on assiste à ton supplice dans l'indifférence.   

Et moi dans tout ça ? Lorsque je lève le nez de mes petits soucis ou joies quotidiens, lorsque je me rappelle de toi, je revois le visage d'un enfant qui pourrait être le mien, une devanture d'artisan et des odeurs exquises de ton savoir-faire millénaire, une façade de ton architecture prodigieuse, la puissance de ta poésie,  un extrait de ton cinéma qui a nourri une partie de mon enfance, l'accent doux et chantant d'une ancienne camarade de classe et de mon professeur d'histoire/géo au lycée qui nous contait avec nostalgie toutes les merveilles de son pays natal, d'un chapitre de l'histoire qui a consacré l'héritage et l'ingéniosité de ton peuple au Panthéon de l'humanité. 


Je me sens impuissante et triste. Je te demande pardon, c'est le seul moyen que j'ai de te redonner un peu de ton pouvoir. Je te fais la promesse de toujours me battte pour mes idéaux, c'est ma seule façon de ne pas te trahir et de garder un peu de mon pouvoir.    

 

 

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