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Dans la blogosphère de la parentalité positive, dans le commerce et grandes enseignes traditionnelles (Nature&Découvertes, Cultura, Oxybul pour pas les nommer), dans les magazines spécialisés, la presse généraliste et même à la radio, il n 'y a plus que ce mot à la bouche ou brandi sur les étiquettes de produits estampillés. 

Il y a les pour et archi pour mais aussi les contre et les archi contre chez qui les arguments sont encore plus virulents, il y a les récentes prises de positions polémiques de Natacha Polony, il y a cette école Montessori qui fait la une des journaux suite à des accusations de maltraitance, il y a les prix prohibitifs pratiqués par la plupart des écoles qu'elles soient agréées par l'AMI (Association Montessori internationale) ou non. 

Il y a ceux dont c'est le métier, il y a ceux qui ont fait le choix de l'instruction en famille et qui y trouvent une approche qui leur correspond, il y a ceux qui comme moi et bien d’autres essaient d'ouvrir et diversifier leur horizons quand il s'agit d'occuper ou s'occuper de leurs moutards.

Lorsque je suis tombée enceinte de TonMoutard, j'ai découvert cette pédagogie qui me parlait beaucoup : favoriser l'autonomie de l'enfant, respecter les rythmes naturels, périodes sensibles et les centres d'intérêt de l'enfant pour favoriser les apprentissages, rendre l'environnement accessible à l'enfant pour explorer en totale confiance et en toute sécurité, ...

J'ai mis en place un nido avec un miroir, je me suis lancée dans la confection de mobiles de Munari et autres mobiles de la même série, j'ai fait l'acquisition de matériel Montessori, ... et la question de l'inscrire dans une structure Montessori dès la maternelle s'est posée. Mais plus je creusais, plus je me rendais compte qu'il y a avait un certain nombre de choses qui me gênaient particulièrement ou qui ne correspondaient pas à TonBabyMoutard. J'ai eu toutefois du mal à me faire une opinion objective pendant un certain temps.

Le nido par exemple, cet espace où TonBabyMoutard est sensé s'épanouir et s’ebahir grâce à des objets attractifs,  eh bien figure-toi que lorsque ton bébé a la bougeotte et qu'il ne reste pas en place, bah il ne faut pas t'attendre à ce que ton superbe mobile que tu as mis toute ton énergie et ton savoir-faire à réaliser l'impressionne tant, parce qu'il y a la jolie plante verte au-dessus qu'il veut toucher, les boutons et interrupteurs qui l'attirent comme des aimants, ... Que lorsque tout le reste de la maison lui tend les bras, qu'il ne supporte pas de rester allongé sur le dos à méditer sur ta banale création et qu'il te harcèle pour que tu le promènes dans toutes les pièces de la maison pour lui montrer ces objets certes quelconques mais qui sont mille fois plus intéressants pour lui, ton espace nido n'a plus beaucoup d'intérêt. Oh oui bien sûr tu peux aussi lui présenter différents objets sensoriels à manipuler sagement assis, mais TonMoutard a décidé à partir du moment où il pouvait se mouvoir que s'il aimait toucher et découvrir ce n'était certainement pas en restant immobile comme tu l'imaginais, il préférait mille fois mieux traîner ses découvertes tel un trophée dans tout l'espace de la maison. Tout cela n'exclut pas d'aménager un endroit douillet pour que TonBabyMoutard vienne s'y ressourcer ou se reposer de temps à autre, mais ne soit pas trop déçu cher lecteur que ta progéniture ne l'investisse pas à la hauteur de tes espérances mais à contrario, soit heureux que ton enfant se sente finalement bien un peu partout chez lui.

Pour le miroir à aménager dans le nido, quelque chose m'a toujours intrigué. Le miroir est au mieux un objet de jeu comme un autre (le toucher lisse et froid peut stimuler ses sens et la curiosité du reflet l'inciter à relever la tête), mais finalement cela m'a toujours semblé en décalage par rapport au développement psychomoteur d'un bébé de cet âge, un enfant étant sensé commencer à reconnaître son reflet aux alentours de 12-18 mois. Cet objet me semble aussi un peu trop "intellectuel" : arrivé tardivement dans l'histoire de l'humanité, il correspond à un besoin de contemplation de soi qui n'est possible que lorsque la délimitation du soi est accessible. Observer le reflet d'un objet ou d'un sujet et en comprendre la correspondre nécessite que l'enfant soit arrivé à un stade de développement qui lui permette d'accéder à la magie de cet outil et suppose donc une dissociation entre lui-même et le reste du monde, une rupture avec la continuité de son corps qu’il projette tout petit dans le reste de son environnement. La dissonance de perception que cela peut engendrer ne me parait justement pas bienveillante car elle introduit une difficulté de réconciliation qui va paradoxalement à l'encontre des préceptes de Maria Montessori de ne pas exposer un enfant à une difficulté, concept ou paradigme, qu'il ne puisse appréhender par étapes. Dans tous les cas, de mon point de vue ce ne peut pas être un objet accessible en permanence mais plutôt occasionnel et en accompagnement dans un premier temps, l'occasion de jeux d"observation et de manipulation par exemple et à contrario pas un objet en accès libre auquel il sera livré à soi. Je me souviens aussi de la première fois où TonMoutard a compris que le petit enfant qu'il voyait en face de lui dans le miroir était bien lui, je pense que je serais passée à côté de ce moment si le miroir était accessible en permanence à son regard.

Pour la barre de brachiation sensée aider l'enfant à se mettre debout, je n'en vois pas l'intérêt non plus. J'ai observé mes deux enfants se redresser et franchement, ils n'ont besoin de rien d'autre que de leurs mains et d'un mur, pied de chaise, les pieds d’un adulte, un meuble, la poubelle (hum hum, de la vertu de la motricité libre), ... bref tout objet à proximité est exploitable. Et puis, pour en revenir au nido, de toutes façons quand TonBabyMoutard sera prêt à se mettre debout, il ne restera plus en place dans son nido et encore moins devant sa barre de brachiation, CQFD !

Source des images : http://camille-blogbd.com/comment-jai-voulu-realiser-nido-dinspiration-montessori-mon-bebe/
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Source des images : http://camille-blogbd.com/comment-jai-voulu-realiser-nido-dinspiration-montessori-mon-bebe/

Il y a autre chose qui me gêne dans la pédagogie Montessori, c'est tout le matériel hyper technique qui adresse les apprentissages scolaires et qui donne cette impression souvent décriée de rigidité de l'approche ou du moins, qui contribue à la réputation d'être trop cérébrale, pas assez créative ou laissant peu de place au jeu libre. Car bien que le « matériel » lui-même soit en accès libre, j’entends qu’on ne peut pas en déformer les règles de manipulation et d’utilisation et donc se l’approprier, chose que vont tenter justement tout naturellement les enfants, ce qui est paradoxalement déjà une entrave.

Je ne sais pas comment Maria Montessori se procurait son matériel scolaire, il parait qu’elle le bricolait elle-même et j’aime assez cette idée. J’aime à penser qu’elle proposait des objets usuels, comme une continuité du jeu naturel à laquelle elle aurait ajouté une modélisation pédagogique de ce que l’enfant manipulerait à la maison s’il était laissé libre d’explorer pour faire ses acquisitions : la permanence de l’objet ? Regardez un enfant pousser et tirer tiroirs et portes, hisser son vêtement sur son visage ou se mettre derrière un rideau pour initier son parent au coucou-caché ; le tri des formes, le classement par poids ? Donnez-lui des fruits et légumes à peser et comparer et laissez-le vider les placards de cuisine en sortant batterie de casseroles et Tupperwares ; la motricité fine ? Laissez-le à l’heure du repas attraper des petits morceaux de fruits et légumes dans son assiette, aidez-le à étaler puis plier le linge, pincer, ... Je ne parle pas de la quantité de phénomènes observés à l'extérieur qui permettent d’expérimenter et d’apprendre, c’est ce qui manque probablement le plus à toutes les pédagogies et c’est surement ce qu’elles déplorent le plus : l’occasion de se salir.  

Pour l’enfant en âge préscolaire, il me semble qu’une pléthore d’occasions d’apprendre en jouant - ou plus justement, de jouer en apprenant - existent au-travers du jeu libre, en invitant l’enfant à être partie prenante de notre quotidien. Cependant, je ne m'avancerais pas plus loin sur ce terrain car j'atteins là mes limites en termes de connaissances autour de cette pédagogie au risque d'énoncer des âneries de me mettre en porte-à-faux. Il me semble toutefois [la fille qui veut pas lâcher le morceau] que Montessori est ... trop analytique. Cela me donne l’impression à trop vouloir proposer un chemin fait d’apprentissages séquentiel et séquençant une difficulté isolée et graduelle à l’enfant, ce qui correspondrait à ce que l’adulte comprend de son fonctionnement, que l’on passe à côté d’une dimension importante : que l’enfant apprend aussi de façon hollisque. Des fois son cerveau brasse et absorbe de façon parallèle. Son environnement est comme le sol arrosé d’eau, qui remonte par capillarité là où elle trouve un chemin, puis un autre, puis un autre, jusqu'à rencontrer les racines d’une plante pour la nourrir. Il me semble que ce que propose une pédagogie orientée et qui suppose des périodes sensées rendre plus propices cette « rencontre » entre l’eau et les racines [comprendre la connaissance et l’esprit d’un moutard assoiffé] néglige la dimension heuristique et intuitive du fonctionnement de notre cerveau. Celle qui nous fait apprendre par révélation, presque  par hasard, lorsque notre cerveau n’a quasiment pas de but.

La dernière chose qui pour le coup me dérange beaucoup est d'ordre idéologique. Car soyons clairs ! En tant que parent, je souhaite que les adultes qui s'occupent de mon enfant soient bienveillants et que son environnement participe à son épanouissement ; mais inscrire mon enfant en école Montessori est - en dehors du fait que les frais de scolarité coûtent un bras - un choix de société qui contribue à creuser les écarts et inégalités entre les différentes catégories sociales, que cela cautionne le désintéressement des autorités concernées à véritablement réformer l'enseignement publique, que je crois - peut-être naïvement encore mais je ne suis pas naïve - qu'un modèle est encore à trouver dans la nouvelle école de demain permettant un véritable échange et une démarche co-constructive entre parents et enseignants, rendant compte de l'évolution des mentalités autour de la parentalité. Je serai peut-être amenée à me contredire dans les années à venir, confrontée à une réalité différente mais j'aime penser ne pas me tromper en faisant ce pari.

Pour finir, il y a énormément d'outils que j'apprécie particulièrement dans la pédagogie Montessori. Il faut toutefois pouvoir prendre ce qui est vraiment utile, adapté à la génération d'enfants d'aujourd'hui, en s'inspirant de toute pédagogie qui respecte et prône le bien-être de l'enfant. Ces pédagogies ne portent souvent pas de noms, existent de manières singulières, pratiquées individuellement par des enseignants passionnés dans des établissements publiques qui n'arborent pas spécialement les noms de Freinet, Montessori, Steiner ou Pikler. Des pédagogues de l'ombre qu'il faut soutenir pour que leurs initiatives soient sorties de l'obscurité et qu'elles deviennent un véritable prisme qui changerait notre regard sur nos enfants. 

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